Etape 03: De Delémont à Moutier

Très haut sur la montagne, dans un canton qui se cherche encore

 

A Delémont, nous avons laissé nos jurassiens en 1815, quand, au Congrès de Vienne, on les avait donnés aux bernois. Mais voilà ! En Suisse, les alémaniques et les francophones se tolèrent, tout juste. Et puis, Berne est riche, la région du Jura beaucoup moins. Alors, on voit progressivement se dessiner un divorce chez les jurassiens francophones, ceux du Nord rêvant à l ‘indépendance, ceux du Sud préférant les largesses bernoises. Cela prendra du temps. Au cours du XIXème siècle, le nord ne réussit qu’à créer une société pour conserver la langue et la culture française chez eux. Les tensions augmentent progressivement entre les deux camps, mais on sent le vent se lever, et en 1917, un Comité se crée pour la création d’un canton indépendant et autonome.  Arrive 1947, une date assez déterminante. Berne refuse de reconnaître un francophone jurassien à la tête du département des Travaux Publics du canton. Ce monsieur ne parle pas allemand. Alors se crée le Mouvement séparatiste jurassien (MSJ), à Moutier. Se succède alors une escalade de mouvements séparatistes, certains plus offensifs que d’autres, dont le groupe Bélier, qui va jusqu’à utiliser la violence.

La lutte aboutit à l’organisation d’un plébiscite. Le 23 juin 1974, un référendum sur la création du canton du Jura recueille 52 % de oui, mais seuls trois districts sur sept votent favorablement. Étranges paradoxes, car ainsi va la démocratie. 52%, ce n’est que la moitié des gens et le district de Moutier, à l’origine de l’affaire, préfère rester bernois. En 1975, le canton de Berne demande alors leur avis aux trois districts du sud restés attachés au canton de Berne, ainsi qu’au Laufonnais, hésitant entre Berne et Bâle-Campagne. Ces derniers redisent leur attachement à Berne. En 1976, on élabore une constitution pour le canton en devenir. Mais en Suisse, c’est toujours le peuple qui a le dernier mot. On demande alors l’avis des Appenzellois, des Genevois et de tous les autres pour un pays où nombre d’entre eux n’est jamais allé. Le 24 septembre 1978, le canton du Jura est accepté par les Suisses et devient le dernier né des cantons suisses.

Carte du canton du Jura et du Jura bernois,  Denfer007, Wikipedia

 

Vous croyez que cette affaire est terminée. Absolument pas. En 2013, on demande aux ennemis jurés cantonaux s’ils veulent oui ou non se réunir. La réponse est claire. Dans le sud, on restera bernois, jusqu’à ce que mort s’en suive, dans le nord, jurassien de tout cœur. Mais, maintenant, dans la région, les communes peuvent décider de leur appartenance ou de leur non appartenance au nouveau canton, indépendamment du fait d’avoir une frontière commune avec le nouveau canton.

Quand nous sommes passés ici début 2017, les drapeaux séparatistes flottaient à Moutier. La ville était toute en sueur, partagée entre les partisans de l’appartenance au canton du Jura, et les adversaires pro-bernois. A l’issue d’un long suspense, les citoyens de Moutier décident de rejoindre le canton du Jura à quelques voix près, 2067 contre 1930, soit 51-72%. Ce n’est tout de même pas l’enthousiasme, mais c’est la démocratie. Moutier deviendra donc jurassien en 2021. Mais, à la même époque, Sorvilier et Belprahon ont dit définitivement non au canton du Jura. Vive le canton de Berne ! Alors, retenez bien ce fait. Quand vous passerez à Belprahon, à deux pas de Moutier, rappelez-vous que vous êtes bernois, et que juste après, par magie, vous redeviendrez jurassien.

 

Dans l’esprit de nombreux Suisses, le Jura ce n’est pas les Alpes, ce ne sont que de gentilles collines. Alors passez-ici pour vérifier votre jugement. Les dénivelés sont importants aujourd’hui (+971 mètres/-872 mètres).  En fait, il n’y a qu’une bosse, mais quelle bosse ! Après une balade dans la plaine de Delémont dans la campagne ou à la limite des sous-bois, à partir de Vicques, il faut monter sur le haut plateau du Raimeux de Grandval, et redescendre de l’autre côté, au milieu des forêts sur des pentes très prononcées.  Le haut plateau fait frontière entre le canton du Jura et le canton de Berne.

 

C’est encore une journée à passer d’abord sur les chemins:   

  Goudron: 9.0 km
Chemins: 17.0 km

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Si le parcours ne vous intéresse pas, mais que vous voulez trouver le détail des logements présents sur le parcours, Vous pouvez le faire ici. Vous devez savoir que sur la Via Jura 80, les logements ne sont pas nombreux.  Souvent même, il n’y a qu’une seule possibilité de se loger en fin d’étape. Ne partez pas sur ces parcours, soi vous n’avez pas réservé en avance.

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